METZ et le Roi des Poissons

Publié le par MAGIE OU L'UN POSSIBLE


En ce temps-là, Metz était la capitale d'un vaste royaume, l'Austrasie. Cela, tout le monde l'a lu dans les livres.
Mais savez-vous que la Moselle vivait aussi un autre roi, le roi des poissons ? C'était un grand et vieux brochet, aimé de tous pour sa bonté et sa justice, sachant faire régner la paix entre ses sujets.
Toute cette gent à écailles et nageoires aurait pu vivre heureuse au sein de l'onde si un danger permanent pour son peuple ne tourmentait le roi des poissons : les hommes. Combien d'amis n'avait-il pas déjà perdu ! Longuet, la belle anguille, prise dans une nasse ; Frétillon, le gai goujon, qui s'était laissé séduire par la danse lascive d'un ver de terre traîtreusement accroché à un hameçon, et bien d'autres encore.
Un jour, une ablette arriva tout essoufflée au palais royal ; elle avait failli périr sous le choc d'un curieux objet jeté dans la Moselle depuis le grand pont. Inconnu du monde des poissons, il renvoyait en mille éclats la lumière du jour.
Le roi voulut en savoir plus et envoya sa garde quérir ce projectile bizarre, peut-être un nouveau piège inventé par les hommes.
Tous les savants du royaume furent convoqués pour identifier la chose. On fouilla dans les grimoires, on échangea des courriers avec les autres royaumes des ondes, en vain. Finalement, un contact avec le peuple des rats, un peuple ami, permit d'en savoir plus. C'était un anneau d'or, orné d'une pierre précieuse, propriété d'Arnould, un riche aristocrate.
Il avait échappé de peu à la mort à la suite d'une chute de cheval et y avait vu un avertissement de Dieu. Il avait compris que sa vie trop mondaine l'éloignait de lui. En signe de repentance, il avait jeté dans la Moselle l'anneau précieux hérité de ses ancêtres :
"Si je te retrouve, anneau de ma famille, je saurai que le Créateur m'a pardonné."
Les années passèrent. Arnould était devenu évèque et il espérait toujours un signe de Dieu qu'il servait le mieux qu'il pouvait.
Une nuit, le roi des poissons fit un songe l'invitant à rendre l'anneau. Oui, mais comment faire ? Après avoir étudié toutes les hypothèses, le vieux brochet décida de se sacrifier. Ayant avalé l'anneau, il se laissa prendre par les pêcheurs de l'évêché. C'était le moyen le plus simple de faire parvenir la bague, avait-il pensé. Hélas, le cuisinier, après avoir vidé le poisson, ne prêta aucune attention aux entrailles qu'il jeta sur un tas de fumier.
Une poule passait par là. Elle fut attirée par les scintillement de la pierre précieuse et prit l'anneau dans son bec. Vite, vite, elle courut en battant des ailes jusqu'au palais épiscopal. Ce fut ainsi qu'Arnould, le futur saint, retrouva son bien avec soulagement et il rendit grâce au Dieu tout puissant.
Je suis sûr qu'au Paradis notre roi des brochets figure parmi le peuple des bienheureux et des martyrs et qu'à l'occasion, dans ses causeries avec saint Arnould, il aime rappeler le bon vieux temps à Metz, à l'époque du royaume d'Austrasie.

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