la Lune

Publié le par MAGIE OU L'UN POSSIBLE

Le 20 juillet 1969, en étant les premiers hommes à marcher sur la Lune, Neil Armstrong et Buzz Aldrin participaient à l'événement le plus important de l'histoire du XXe siècle. Outre le fait que beaucoup  y ont vu un moment déterminant de la conquête de l'espace et l'apothéose de la révolution scientifique, la science l'emportait enfin sur les superstitions en prouvant que la Lune, ce corps céleste synonyme de mystère et de magie depuis des millénaires, n'était somme toute qu'un énorme caillou dépourvu de vie.

LES MYTHES ANCIENS

C'est dans la culture occidentale, où on associe depuis longtemps la Lune à certains comportements irrationnels, et surtout à la folie, que ces idées sont les plus fortes. Sans prétendre que le "coup de lune" serait une affection infiniment plus sournoise que le classique coup de soleil, l'astre nocturne est néanmoins suspecté d'affecter l'humeur au sens premier du terme. En témoignent, dans la terminologie, le mot anglais lunatic (fou) et son faux-ami français "lunatique" (d'humeur changeante), tous deux issus du latin. Cet aspect instable est renforcé par sa perpétuelle transformation au fil de son cycle mensuel.

Terrain de jeux du rêveur et chasse gardée du romantique, l'astre de Tanit si cher au poète est pourtant privé de lumière propre et n'existe, à nos yeux, que comme le reflet du Soleil. C'est probablement la raison pour laquelle la première expédition sur la Lune fut nommée Apollo, en référence au dieu grec du soleil Apollon. Peut-être aussi fut-ce pour conjurer l'opposition récurrente du rationalisme et de la logique solaire d'une part, à la folie et à l'intuition associées à la Lune d'autres part...

Il est en effet fréquent de mettre en lice ces deux corps célestes en un combat symbolique censés représenter les côtés rationnels et irrationnels de la nature humaine. Étymologiquement, les anciens dissociaient le Soleil et la Lune, attribuant au premier, des caractéristiques masculines et à la seconde, des caractéristiques féminines. Dans le mode de pensées occidentale, l'homme étant toujours dépeint comme rationnel, et la femme comme plus intuitive ou irrationnelle, beaucoup ont vu dans ce lien un prélude à l'association qui est faite aujourd'hui entre la Lune et l'irrationalité.

LA PORTE DE L'ENFER

Outre Lilith, la première femme d'Adam, représentée comme une Lune noire, symbole des territoires de l'occulte et du vide, la Lune est féminisée dans toutes les représentation.

Ainsi, dans la tradition grecque, plusieurs déesses avaient un aspect lunaire. Hécate, sans doute la divinité la plus sinistre du panthéon grec, symbole du côté sombre de la Lune, était associée au sang, à la sorcellerie et aux enfers. Une autre déesse grecque associée à la Lune, moins angoissante mais non moins meurtrière, était Artémis. Baptisée Diane chez les romains, cette déesse de la chasse et des animaux sauvages s'intéressait surtout au bien être des jeunes filles. Hécate et Artémis sont encore vénérées aujourd'hui en Occident comme des aspects de la "Grande déesse", surtout par ceux qui se font appeler les Wiccas (voir l'article). Ils affirment être les héritiers d'une ancienne religion primitive que les Chrétiens considéraient comme de la sorcellerie. Dans le calendrier et la cosmologie Wiccas, la Lune occupe toujours une place prépondérante.

Certains penseurs Wiccas insistent sur le lien qu'il existe entre le cycle lunaire (la pleine Lune apparaît tous les 29,53 jours) et le cycle menstruel (environ 28 jours) pour justifier de la prédominance des déesses dans le culte de cette croyance païenne moderne, que certains qualifie de délibérément féministe.

De tendance New Age, le mouvement Wicca insiste sur les aspects positifs de la déesse Artémis, tout en glissant sur ces caractéristiques plus sinistres : toute féminine qu'elle ait été, Artémis n'en fut pas moins une chasseresse sanguinaire sas pitié pour ses proies. De la même façon, Hécate, personnification de la sagesse féminine, réclamait des sacrifices sanglants. Aussi, malgré les louables efforts des Wiccas, le côté enchanteur et mystérieux de la Lune reste indissociable de sa face ténébreuse.

La nuit de pleine Lune qui suit l'équinoxe d'automne est encore considérée dans de nombreuses traditions nordiques comme la nuit du chasseur.

A cette époque de l'année, la Lune irradie et éclaire la Terre d'une lumière particulière. C'était, pour nos ancêtres, le signal d'une nouvelle période de chasse. Certains auteurs s'étant efforcés d'imaginer le style de vie des premiers hommes, ont établi des liens intrinsèques entre la fécondité, la soif de sang et les cycles lunaire (voir l'analyse). Pourtant, quelques zoologues invitent à la prudence de jugement en rappelant que les femelles chimpanzés, grands mammifères qui partagent 99% de leurs gènes avec l'espèce humaine, ont un cycle de 32 jours...

Mais l'association la plus connue entre soif de sang et cycle lunaires parvenue jusqu'à nous est la légende du loup garou. Notons que, si la conception de la transformation de l'homme en loup sanguinaire remonte à la nuit des temps, l'idée que la métamorphose soit provoquée par la pleine Lune est une invention récente.

Répondant à l'attente du public américain pour des films d'angoisse, les Studios Universal sortirent avec succès Dracula en 1931 (voir l'article), puis The Mummy (La Momie). Bien inspirée, c'est au même cinéaste, Tod Browing, que la production confia la réalisation du film The Wolf Man (Le Loup garou) qui, en 1941, a mondialement popularisé la mutation de l'homme en loup durant la pleine Lune.

C'est également grâce (ou à cause) de ce film que le loup-garou s'est vu affublé de la capacité à transmettre sa maladie par morsure et qu'il fut associé à la symbolique magique du pentagramme.

LÉGENDE DE LA LUNE

On peut s'interroger sur le fait que l'association entre loup-garou et la Lune (symbole de chasse et du mystère) ne soit pas plus ancienne. Mais, au XVIIe siècle, lorsque l'on prétendait que les loups-garous envahissaient l'Europe, on préféra certainement croire qu'ils étaient les signataires de pactes avec Satan et le fruit d'obscures incantations de magie noire plutôt que les victimes involontaires de cycle lunaire.

Aujourd'hui, les loups-garous ont bien entendu rejoint le peuple des lutins dans les contes et légendes mais il faut croire que le mythe est tenace dans l'inconscient collectif puisque l'on croit encore que la pleine Lune modifie le comportement humain.

Cette conviction s'est révélée suffisamment forte pour pousser certains chercheurs à tenter de trouver une corrélation entre les cycles lunaires et les suicides, les meurtres ou les dépressions nerveuses. Certains intellectuels fantastiques ont même été jusqu'à nommer ce phénomène "l'effet Transylvanie".

DU PSYCHOLOGIQUE AU PHYSIQUE

Mais les résultats de ces études, certes passionnantes, ont été jusqu'à présent peu convaincants. En 1978, un article paru dans The Journal of Clinical Psychiatry (Le Journal de la Psychiatrie clinique) intitulé Agressivité chez l'homme et cycle lunaire synodique a provoqué une volée de réactions en affirmant que "Statistiquement, il y a une augmentation des cas d'homicides et d'agressions au moment de la pleine Lune... On soupçonne l'existence d'un rythme biologique de l'agressivité humaine en résonance avec le cycle lunaire".

Pour les scientifiques américains James Rotton, Roger Culver et Ivan Kelly, une simple "méta-analyse" de la littérature parue sur le sujet les a amené à démentire cette idée toute faite. En 1996, ils ont publié un article dans la revue canadienne Skeptical Inquirer, titré The Moon Was Full and Nothing Happened (La Lune était pleine et il ne s'est rien passé). Selon les auteurs : "Les phases de la Lune ne représenteraient pas plus de trois centièmes de 1 % de la variabilité des comportements qualifiés de "folie", un chiffre trop minime pour être d'une valeur ou d'une signification réelles."

Une réserve confirmée par le spécialiste français en chronobiologie (science de l'étude des rythmes biologiques touchant les processus vitaux d'un organisme vivant), Marc Schwob. Pour l'auteur de l'ouvrage Être au top à chaque heure (Éditions Hachette, 1998), aucune enquête n'a pu   clairement confirmer un effet de la Lune et les recherches les plus sérieuses rendent des résultats contradictoires. Il rapporte ainsi les résultats d'une étude américaine paris en 1967 : le suivi des maternités de New York entre 1948 et 1957 a démontré une recrudescence des naissances dans les jours précédents et suivants la pleine Lune. Uns seconde étude menée par le même auteur sur autant de nouveau-nées entre 1961 et 1963 montra une diminution des naissances durant la période de pleine Lune ! Bref, rien de bien concluant.

Concernant le nombre de crimes et le taux de suicides imputables à la pleine Lune, "il y a, selon Marc Schwob, une évidente contradiction entre les statistiques et ce qui est constaté chaque mois à cette période par les professionnels, notamment les policiers et les infirmières d'asiles psychiatriques".

Mais si les nuits de pleines Lune sont redoutées dans les urgences et chez les personnels en charge de psychotiques, comment peut-on expliquer un décalage entre l'observation empirique et les données statistiques officielles ?

Pour la plupart des médecins, les statistiques sont menées sur des périodes trop courtes et sur des éventails de populations insuffisants. Ils assurent qu'il est inconcevable qu'un astre si proche ayant une incidence directe sur les marées ne puisse pas avoir d'influence sur la physiologie de l'être humain.

Quoi qu'il en soit, depuis des temps immémoriaux, en admirant cette splendeur d'argent par une nuit sans nuages, le cartésien même le plus ardent devra reconnaître que la Lune semble nourrir de sombres mystères qui ne se dissiperont peut-être pas au grand jour.

Profitons d'elle car la Lune réclame son indépendance. Des mesures effectuées au laser sur la distance Terre-Lune révèlent que le satellite s'éloigne progressivement de notre planète à raison de 3,8cm par an (soit un éloignement de 10 % de sa distance actuelle au bout d'un milliard d'années). Se sentirait-elle mal-aimée de la Terre ? Certainement pas puisque des milliers d'yeux se sont tournés vers elle lorsque, le 11 août 1999, elle s'est placée dans l'alignement du Soleil pour l'éclipser. La lumière était lunaire et il faisait froid. Effrayante Lune, non ?


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