LES MECHANTES FEES D'UGNY

Publié le par MAGIE OU L'UN POSSIBLE

Il y a bien longtemps, des fées avaient élu domicile à quelque distance de Longuyon. Près du village d'Ugny plus précisément, en un lieu appelé la Faïerie. On hésitait à se rendre en cet endroit, non pas qu'il fût maudit, mais plutôt parce que leurs habitantes avaient mauvaise réputation.
A leur décharge, il faut reconnaître qu'elles s'ennuyaient dans leur caverne et qu'elles cherchaient à se divertir. Il n'y aurait rien à redire à cela si leurs amusements n'avaient pas été fort préjudiciables pour les habitants d'Ugny.
Il ne se passait pas une semaine sans que les fées se fussent manifestées. Elles dépassaient vraiment les limites permises, comme vous allez le voir.
Figurez-vous qu'un matin où la grande Jeanne était sortie comme à l'accoutumée, son tablier rempli de grain pour nourrir ses volailles, elle ne trouva plus ses belles poules, ni ses gentilles poulettes, encore moins les poussins jaunes qui d'ordinaire piaillaient si gaiement à son arrivée. Quant au jau, le coq fier qui régnait sur la basse-cour, il avait disparu du tas de fumier d'où il savait si bien lancer des cocoricos conquérants et dominateurs. A leur place, de sinistres corneilles au bec menaçant attendaient la fermière.
Il faudrait encore ajouter les nombreuses fois où elles mirent le feu aux tas de bois alignés devant les maisons en prévision des rudes hivers d'alors. Représailles de voisins jaloux, penserez-vous ! Eh bien non, car à chaque fois l'on avait vu dans les parages un ou plusieurs affreux grands chiens noirs. C'était le déguisement que prenaient les fées pour les méfaits.
Jusqu'alors personne n'avait osé les affronter. Ce soir-là, le grand Jeannot - qui y pensait en secret depuis quelque temps - se résolut à aller voir de plus près. A un kilomètre de la ferme de Praucourt, il eut vite fait de découvrir, sous un chêne séculaire, l'entrée de la grotte. Il s'y introduisit sans trop de contorsions. Il faisait noir. Soudain, deux gros yeux en amande s'allumèrent, puis quatre, puis d'autres encore, si bien qu'il put voir devant lui deux bonnes dizaines de grands chiens noirs, semblables à ceux qui avaient été remarqués dans le village.
Jeannot n'était pas un poltron, il n'eut pas peur. Mieux, il caressa les animaux les uns après les autres et, sous ses doigts, ils se transformèrent en charmante fées. Une grande clarté envahit alors la caverne, faisant scintiller de mille feux les pierreries et l'or incrustés dans le sol.Une douce musique enchantait l'ouïe pendant que Jeannot et les fées prenaient place autour d'une table où les mets et les vins les plus fins les attendaient. Ce fut sublime. Jamais on n'avait vu, de mémoire d'homme, plus aimables fées.Ivre de bonheur, il semblait à notre gaillard que le temps s'était arrêté. Pourtant, il fallut bien se résoudre à quitter la douceur de ce lieu et regagner le village. A regret, il s'extirpa des coussins moelleux et prit congé de ses hôtesses. Profitant d'un moment d'inattention, il déroba quelques pierres précieuses, en guise de souvenirs. Tout redevint instantanément noir et les hurlements des chiens le glacèrent d'effroi. Les bêtes se jetèrent sur lui, le mordirent cruellement.
Au petit matin, des pâtres qui menaient les bêtes au pré le trouvèrent gisant près d'un boqueteau, les habits déchirés et les chairs meurtries. Il en resta infirme et longtemps on vit quémander un quignon de pain dans la contrée.

La punition des fées avait été terrible.

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